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Contract Management : prévenir litiges et surcoûts en amont [Méthode]

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Le Contract Management s'impose aujourd'hui comme une fonction stratégique dans les entreprises qui pilotent des projets complexes.

Mais entre la théorie et la mise en œuvre concrète, un fossé subsiste : comment structurer cette fonction ? Quels outils utiliser ? Comment l'intégrer aux processus existants ?
70% des projets IT dépassent leur budget initial. 60% ne respectent pas leurs délais. Ces statistiques, remarquablement stables depuis sept décennies malgré l'évolution des méthodes de gestion de projet, révèlent une réalité que peu d'organisations veulent affronter : le problème ne réside pas dans l'exécution, mais dans la gestion du contrat lui-même.

Comme le soulignent Alain Brunet et Franck César dans leur ouvrage de référence Le Contract Management : les contrats complexes sont structurellement incomplets. Non pas par défaut de rédaction, mais parce qu'il est impossible de prévoir tous les aléas d'un projet de plusieurs années. Cette incompletude n'est pas un bug — c'est une caractéristique fondamentale qu'il faut apprendre à gérer.

C'est précisément le rôle du Contract Management : transformer l'incertitude contractuelle en levier de performance plutôt qu'en source de contentieux.

Ce guide opérationnel vous accompagne dans la mise en place du Contract Management, des premières décisions stratégiques jusqu'aux outils et méthodes du quotidien. Que vous soyez confronté à un premier projet complexe ou que vous cherchiez à structurer une fonction existante, vous trouverez ici une méthodologie éprouvée sur le terrain.

→ Pour une première approche des concepts, consultez notre introduction au Contract Management.


Le Contract Management désigne l'ensemble des actions visant à piloter efficacement un contrat tout au long de son cycle de vie : négociation, exécution, suivi des obligations, gestion des écarts, et clôture.

Le Contract Management va au-delà du simple classement de documents ou de la relecture juridique. C'est une discipline hybride qui conjugue quatre dimensions essentielles et complémentaires.

La dimension opérationnelle place le Contract Manager au cœur de l'exécution projet : il pilote les jalons contractuels, suit la livraison des attendus et coordonne les équipes pour garantir le respect des engagements. Cette proximité terrain lui permet de détecter précocement les écarts entre le contractuel et le réalisé, avant qu'ils ne se transforment en contentieux.

La dimension juridique assure l'interprétation rigoureuse des clauses contractuelles, la gestion des avenants et la prévention des litiges. Le Contract Manager traduit le langage juridique en directives opérationnelles compréhensibles par les équipes projet, tout en protégeant les intérêts de son organisation face aux ambiguïtés contractuelles.

La dimension financière mobilise des compétences de contrôle de gestion appliquées aux contrats : maîtrise budgétaire, suivi des facturations, détection des surcoûts et optimisation des coûts. Cette vision économique permet de mesurer la performance contractuelle et d'arbitrer entre rigueur contractuelle et pragmatisme commercial.

La dimension relationnelle fait du Contract Manager un médiateur entre parties prenantes aux intérêts parfois divergents (client, fournisseur, équipes internes, direction). Sa capacité à négocier des ajustements contractuels tout en préservant la relation commerciale distingue un Contract Manager efficace d'un simple gardien du contrat.

Cette approche transverse, à la croisée du juridique, du projet et du business, fait du Contract Management un véritable levier de performance. Pour comprendre comment le Contract Manager incarne ces dimensions au quotidien, consultez notre article sur le rôle du Contract Manager.

Pourquoi le Contract Management est devenu incontournable

La plupart des décisions managériales ont des conséquences juridiques ou contractuelles. Pourtant, les acteurs de l'entreprise ne perçoivent pas toujours les sources d'incertitude juridique dans leurs activités quotidiennes. Ils attribuent ce qu'ils appellent la "judiciarisation" à un phénomène global qu'ils croient hors de leur contrôle.

En réalité, trois facteurs structurels expliquent la montée en puissance du Contract Management :

L'incompletude contractuelle est inévitable. Contrairement à ce que suppose le modèle traditionnel du project management, aucun contrat complexe ne peut prévoir toutes les situations. Les économistes Oliver Hart et Bengt Holmström (Prix Nobel 2016) ont démontré que cette incomplétude est une propriété structurelle, non un défaut de rédaction. La question n'est donc pas "comment rédiger un contrat parfait" mais "comment gérer les inévitables renégociations".

Les biais cognitifs sabotent les projets. Le biais d'optimisme conduit systématiquement les équipes à sous-estimer les délais et les coûts. L'ancrage fait que la première estimation chiffrée — même arbitraire — influence toutes les négociations ultérieures. L'escalade d'engagement pousse à continuer des projets voués à l'échec simplement parce qu'on a "déjà trop investi". Le Contract Manager, par sa position de recul, peut identifier et contrebalancer ces biais.

Le rapport de force s'inverse après signature. Pendant l'appel d'offres, le client dispose du pouvoir : il peut comparer les offres, faire jouer la concurrence. Une fois le contrat signé, le rapport de force bascule souvent au profit du prestataire, particulièrement dans les projets IT où le coût de changement de fournisseur devient prohibitif. Cette situation de "lock-in" nécessite une gestion contractuelle vigilante pour éviter l'exploitation opportuniste.

→ Pour approfondir ces enjeux, consultez notre article sur les enjeux métier du Contract Management.

Quand et pourquoi mettre en place le Contract Management ?

Le besoin d'une fonction Contract Management structurée se manifeste rarement par un événement déclencheur unique, mais plutôt par l'accumulation de signaux faibles qui, conjugués, révèlent une perte progressive de maîtrise contractuelle. Savoir les identifier permet d'agir avant que la situation ne devienne critique.

Les signaux déclencheurs

Les signaux opérationnels apparaissent généralement en premier. Lorsque vos projets dépassent systématiquement leur budget initial de plus de 15%, que les avenants se multiplient sans traçabilité claire, ou que les équipes projet passent plus de temps à chercher le contrat et ses annexes qu'à l'appliquer, il est temps d'agir. Le turnover amplifie ce phénomène : chaque départ fait perdre une part de la mémoire contractuelle, forçant les nouveaux arrivants à réinventer des processus déjà rodés ailleurs.

Les signaux financiers traduisent cette perte de contrôle en euros. Des surcoûts apparaissent sans qu'on puisse les imputer clairement à une cause identifiée. Les pénalités sont appliquées par les fournisseurs sans qu'on comprenne leur justification contractuelle, ou inversement, elles ne sont pas réclamées alors que le contrat le permettrait, laissant de l'argent sur la table. Les facturations deviennent un terrain de confrontation permanente, avec des contestations régulières qui retardent les paiements et dégradent la trésorerie.

Les signaux relationnels révèlent l'impact humain de cette désorganisation. Les tensions avec les fournisseurs ou clients s'accumulent, transformant chaque comité projet en débat juridique stérile plutôt qu'en moment de résolution de problèmes. Les équipes développent une culture de la méfiance contractuelle, où chaque échange doit être confirmé par écrit "au cas où". Dans les cas les plus avancés, les contentieux se multiplient, mobilisant du temps et des ressources sur des batailles juridiques qui auraient pu être évitées par un pilotage contractuel rigoureux.


Les seuils déclencheurs

Au-delà des signaux d'alerte, certains seuils objectifs justifient systématiquement la mise en place d'une fonction Contract Management structurée.

Vous avez besoin d'une fonction de Contract Management dès que :

  • Vos contrats dépassent 500 K€ ou une durée de 1 an
    Au-delà de ces seuils, l'exposition financière et la durée d'engagement créent des risques significatifs. Un dépassement de 15% représente 75 K€ de surcoût, tandis que sur 12 mois les risques s'accumulent : inflation, turnover, évolutions réglementaires, modifications de périmètre.
  • Vous gérez plus de 3 parties prenantes (client, sous-traitants, partenaires)
    Chaque partie supplémentaire multiplie les interfaces contractuelles. Avec quatre acteurs, vous devez coordonner des contrats interconnectés, gérer les responsabilités croisées et tracer les engagements de chacun. Sans pilotage, cette complexité génère des zones grises propices aux litiges.
  • Vos projets sont stratégiques : ERP, infrastructures critiques, transformations majeures
    Ces projets présentent un risque d'impact élevé : ils touchent des processus métiers critiques, mobilisent des budgets significatifs et engagent l'organisation sur le long terme. Le Contract Management sécurise ces projets en formalisant les engagements et en anticipant les points de rupture.
  • Vous êtes soumis aux marchés publics avec leurs contraintes réglementaires
    Les marchés publics imposent un formalisme strict : procédures encadrées, clauses obligatoires, délais de recours. Chaque modification nécessite un avenant motivé et peut être contestée. Le Contract Manager maîtrise ce cadre et garantit la conformité à chaque étape.

Pour comprendre l'ensemble du cycle, consultez notre article détaillé sur le Cycle de vie du Contrat.

Contract Management dans le Secteur de l'Energie

Le secteur de l'énergie présente des spécificités contractuelles uniques qui rendent le Contract Management particulièrement stratégique.

Pourquoi le Contract Management est crucial dans l'énergie

Le secteur énergétique français cumule deux caractéristiques qui rendent le Contract Management particulièrement stratégique : une régulation stricte et des projets d'infrastructure massifs.

Côté régulation, les contrats doivent intégrer les mécanismes tarifaires fixés par la CRE (TURPE pour l'électricité, ATRT pour le gaz), les dispositifs comme l'ARENH, et les obligations de service public. Un écart contractuel peut déclencher des pénalités régulatoires de plusieurs millions d'euros — sans compter l'impact réputationnel auprès du régulateur.

Côté projets, les ordres de grandeur sont vertigineux : budgets de 50 à 500 M€, durées de 2 à 10 ans, dizaines de parties prenantes (gestionnaires réseaux, collectivités, industriels, sous-traitants), et exigences de sécurité non négociables.

💡 Exemple concret : Sur un projet de renforcement de réseau haute tension, le Contract Manager pilote simultanément 5 à 10 contrats interdépendants (études, génie civil, équipements, contrôle-commande) pour un montant de 50 à 100 M€. Un retard sur un seul lot peut déclencher des pénalités en cascade et retarder la mise en service — avec des pertes de revenus de plusieurs millions d'euros par mois de retard.

Les spécificités du Contract Management chez les gestionnaires de réseaux

Les gestionnaires de réseaux d'énergie français opèrent dans un contexte contractuel unique : monopole régulé, obligation de service public et investissements à 40-60 ans. Cette combinaison crée des enjeux que le Contract Manager doit maîtriser.

Tous sont supervisés par la CRE qui valide leurs investissements et fixe les tarifs (TURPE, ATRT). Un dérapage budgétaire peut compromettre la rentabilité d'un projet sur 40 ans. Les pénalités contractuelles doivent s'articuler avec les pénalités régulatoires — et les contrats peuvent être audités par la CRE ou la Cour des Comptes.

Chaque gestionnaire présente des particularités fortes : RTE gère un réseau où l'électricité ne se stocke pas (toute indisponibilité coûte des millions) et opère sous le Code de la commande publique. GRDF exploite un réseau dont il n'est pas propriétaire (concessions de 20-30 ans avec les collectivités) et intègre des clauses de sécurité gaz non négociables. Enedis pilote la révolution smart grid avec des contrats multi-fournisseurs complexes et des enjeux RGPD majeurs (36 millions de compteurs Linky).

→ Pour approfondir, consultez nos articles sur les enjeux du secteur de l'énergie et le réseau électrique français.

Structurer la fonction Contract Management dans votre organisation

Étape 1 : Définir le périmètre d'intervention

Le choix du modèle organisationnel dépend de la maturité de votre entreprise et de la typologie de vos projets.
L'option d'un Contract Manager dédié par projet se révèle pertinente pour les projets dépassant 2 M€ ou s'inscrivant dans la durée. Le Contract Manager est alors intégré à l'équipe projet, à temps partiel ou plein, ce qui garantit une proximité opérationnelle et une grande
réactivité.
La cellule Contract Management centralisée constitue une alternative pour les organisations gérant simultanément plus de dix contrats. Un pool de deux à cinq Contract Managers gère alors un portefeuille de contrats, permettant de mutualiser les compétences et d'assurer une
cohérence méthodologique.
La fonction hybride offre un compromis pour les organisations en phase de structuration. Un responsable Contract Management définit la méthodologie et l'outillage, tandis que des référents par projet assurent l'application sur le terrain.

Le choix du modèle dépend aussi de la phase du contrat dans laquelle vous intervenez le plus souvent. Pour cartographier ces phases, consultez notre article sur le cycle de vie du contrat.


Étape 2 : Positionner le Contract Manager

Le rattachement hiérarchique du Contract Manager détermine son champ d'action, sa légitimité et son efficacité. Ce choix organisationnel n'est pas neutre : il influence directement la façon dont la fonction sera perçue et utilisée par l'organisation.

Direction Juridique

Le rattachement à la Direction Juridique apporte une forte légitimité juridique et facilite l'accès aux modèles contractuels, aux bases jurisprudentielles et à l'expertise des avocats internes ou externes. Cette proximité avec les juristes permet une interprétation rigoureuse des clauses complexes et une gestion professionnelle des contentieux. Cependant, ce positionnement expose à un risque majeur : être perçu comme éloigné des réalités opérationnelles du terrain, comme un "empêcheur de tourner en rond" qui ralentit les projets au nom de la conformité juridique.

Direction de Projet ou DSI

Le rattachement à la Direction de Projet ou à la DSI offre l'avantage symétrique : une proximité immédiate avec les équipes terrain, une compréhension fine des enjeux opérationnels et une intégration naturelle aux rituels projet (comités de pilotage, revues de jalons, points de synchronisation). Le Contract Manager partage le quotidien des chefs de projet, comprend leurs contraintes de délais et de ressources, et peut adapter son pilotage contractuel aux réalités du terrain. L'écueil ? Un risque de capture par les intérêts opérationnels au détriment de la rigueur contractuelle, et une moindre autorité pour imposer des décisions juridiquement fondées mais impopulaires.

Direction Transverse

Le rattachement transverse à la Direction Générale ou au PMO (Project Management Office) constitue une troisième voie, qui vise à équilibrer les forces précédentes. Cette position offre une neutralité organisationnelle précieuse pour arbitrer les tensions entre rigueur juridique et pragmatisme opérationnel. Le Contract Manager bénéficie d'une vision globale des enjeux contractuels de l'entreprise, peut standardiser les pratiques entre différents projets et dispose de l'autorité nécessaire pour imposer des décisions difficiles. Cette option fonctionne particulièrement bien dans les organisations matures, où la fonction Contract Management est reconnue comme stratégique. Mais elle a parfois l'inconvenient d'être un peu hors sol par rapport aux réalités très opérationnelles.

Le choix optimal dépend de votre contexte : privilégiez le rattachement juridique si vos contrats présentent des risques juridiques élevés (marchés publics, secteurs régulés, litiges fréquents), le rattachement projet si vos enjeux sont avant tout opérationnels (délais serrés, coordination complexe, multiplicité d'acteurs), et le rattachement transverse si vous cherchez à institutionnaliser la fonction Contract Management comme un standard organisationnel.

Les outils essentiels du Contract Manager

Les outils de pilotage opérationnel

Le tableau de bord contractuel constitue l'outil quotidien du Contract Manager. Il centralise l'ensemble des informations critiques : les jalons avec leurs dates contractuelles et réalisées, les livrables attendus et leur statut (en cours, validé, en retard), les risques contractuels identifiés
accompagnés de leurs plans de mitigation, les avenants en cours ou à venir, ainsi que les alertes sur les dépassements budgétaires, retards ou non-conformités.

Un simple tableur Excel ou Google Sheets suffit généralement, à condition d'être mis à jour hebdomadairement.

Le registre des obligations complète ce dispositif en listant de manière structurée toutes les obligations contractuelles des deux parties. Pour chaque obligation, qu'elle incombe au client (fourniture de données, validation sous X jours, mise à disposition de ressources) ou au
fournisseur (livrables, délais, niveaux de service), le registre précise le responsable du suivi, le statut et les échéances. Ce document sert de référence lors des comités contractuels et évite les malentendus.

Les outils de gestion documentaire

La centralisation contractuelle répond à un principe simple mais souvent négligé : tous les documents contractuels doivent être accessibles rapidement par les parties prenantes. Cela inclut le contrat initial et toutes ses annexes, les avenants successifs avec leurs versions horodatées, les
comptes-rendus de réunions ayant une valeur contractuelle, les échanges emails significatifs, ainsi que les notes de cadrage et arbitrages.

Pour organiser cette documentation, nous recommandons une arborescence type :


Les solutions CLM (Contract Lifecycle Management)

Pour les organisations gérant un volume important de contrats (au-delà de vingt simultanément), les solutions CLM automatisent le pilotage contractuel. Ces plateformes proposent généralement une centralisation et une indexation des contrats, des alertes automatiques sur les échéances, renouvellements et jalons, des workflows de validation des avenants, une recherche full-text dans l'ensemble des documents, ainsi qu'un reporting
consolidé multi-contrats.

Vous trouverez ci-après une analyse de 3 solutions CLM très utilisées avec une mise en avant de leurs forces principales et leur clients cibles.


Un point d'attention essentiel : un CLM n'est pertinent que si vous avez déjà structuré vos processus. L'outil ne remplace jamais la méthodologie.

Cas d'usage sectoriels : BTP et Industrie

Cas 1 : Projet de construction d'une usine (BTP)

Un industriel lance la construction d'une nouvelle unité de production pour un montant de 15 M€ sur 18 mois, avec un groupement d'entreprises intervenant sur le gros œuvre, les équipements techniques et les finitions. Ce type de projet présente des enjeux contractuels spécifiques : la
coordination de multiples sous-traitants avec des interfaces complexes, la gestion de nombreux ordres de service, le suivi des garanties financières (cautions, retenues de garantie de 5%), et l'application rigoureuse des pénalités de retard (0,1% par jour plafonné à 10%).


Cas 2 : Déploiement d'un système de supervision industrielle

Un énergéticien déploie un système de supervision (SCADA) pour piloter 50 sites de production, dans le cadre d'un contrat de 3 M€ sur 2 ans avec un intégrateur spécialisé. Les enjeux contractuels portent sur les interfaces critiques avec l'infrastructure existante, les exigences de disponibilité élevées (99,5% hors maintenance), les phases de tests en production sur 3 mois, et le transfert de compétences vers les équipes internes.

Pour approfondir la gestion d'actifs industriels, consultez notre guide EAM : Choisir sa solution de gestion d'actifs.

Les premières étapes concrètes pour démarrer

Quick wins : actions immédiates (semaine 1)

  • Centraliser tous vos contrats actifs dans une arborescence structurée
  • Identifier les 3 contrats les plus critiques (budget, risque, stratégique)
  • Créer un tableau de bord simple pour ces 3 contrats (Excel suffit)
  • Planifier un point contractuel mensuel avec les chefs de projet concernés

Structuration (mois 1-3)

  • Former les équipes aux bases du Contract Management (1 journée)
  • Définir les processus clés : validation des avenants, gestion des alertes, archivage
  • Déployer les outils : templates, registres, tableaux de bord
  • Nommer des référents contractuels par projet ou domaine

Industrialisation (mois 3-6)

  • Capitaliser les retours d'expérience des premiers contrats pilotés
  • Standardiser les livrables du Contract Manager (tableaux de bord, notes de cadrage)
  • Évaluer l'opportunité d'un CLM si le volume de contrats le justifie
  • Mettre en place des indicateurs : taux d'avenants, délais de validation, litiges évités


Mesurer l'efficacité du Contract Management

La légitimité d'une fonction Contract Management repose sur sa capacité à démontrer sa valeur par des résultats mesurables. Contrairement à d'autres fonctions support dont l'impact reste qualitatif, le Contract Management produit des effets quantifiables en termes de risques évités, de coûts maîtrisés et de délais respectés. Trois familles d'indicateurs permettent de mesurer cette contribution selon des temporalités différentes : les indicateurs préventifs évaluent votre capacité à anticiper les problèmes avant qu'ils ne surviennent, les indicateurs curatifs mesurent votre efficacité à résoudre les difficultés lorsqu'elles émergent, et les indicateurs d'impact business traduisent directement la valeur créée pour l'organisation en euros économisés ou en risques neutralisés.

Indicateurs préventifs : anticiper avant les problèmes

Ces indicateurs évaluent votre capacité à prévenir les difficultés contractuelles avant qu'elles ne surviennent. Ils reflètent la rigueur de vos processus amont et la vigilance de vos équipes.

Indicateurs recommandés :

  • Taux de contrats avec audit technique réalisé avant signature
  • Délai moyen de traitement des demandes d'avenant
  • Nombre d'alertes remontées proactivement (avant dérive)
  • Taux de couverture des risques contractuels identifiés

Indicateurs curatifs : résoudre efficacement les problèmes

Ces métriques quantifient votre efficacité à gérer les situations complexes et à limiter les impacts négatifs. Ils démontrent la valeur opérationnelle de la fonction Contract Management.

Indicateurs recommandés :

  • Nombre de litiges évités grâce à l'intervention du Contract Manager
  • Écart entre coûts d'avenants réels et estimés initialement
  • Taux de respect des délais contractuels
  • Nombre de réclamations traitées dans les délais contractuels

Indicateurs d'impact business : créer de la valeur mesurable

Ces indicateurs traduisent directement la contribution du Contract Management à la performance de l'entreprise. Ils justifient l'investissement dans la fonction et démontrent son ROI.

Indicateurs recommandés :

  • Réduction des dépassements budgétaires (objectif : -20% sur 1 an)
  • Diminution du nombre de contentieux (objectif : -50% sur 2 ans)
  • Économies réalisées sur les avenants négociés
  • Taux de satisfaction des parties prenantes (enquêtes internes)

📋 Pour des exemples concrets, découvrez nos missions et références.

Les pièges classiques du Contract Management

Le piège de la complétude illusoire. Vouloir tout prévoir dans le contrat est non seulement impossible mais contre-productif. Un contrat de 200 pages avec des annexes exhaustives crée une fausse sécurité et génère des coûts de négociation disproportionnés. Mieux vaut un contrat plus court avec des mécanismes clairs de gestion des imprévus (procédure d'avenant, comité de pilotage, escalade).

Le piège du "tout contractuel". Certaines organisations pensent que la rigueur contractuelle signifie tout formaliser par écrit. En réalité, une relation commerciale saine repose sur un équilibre entre contrat formel et normes relationnelles informelles. Comme le notent Brunet et César : "les parties utilisent le contrat comme une ressource pour gérer leur relation" — pas comme un substitut à la relation.

Le piège de l'escalade automatique. Face à un désaccord, le réflexe naturel est d'escalader vers les niveaux hiérarchiques supérieurs ou vers le contentieux. Cette approche détruit de la valeur. Le principe d'une escalade contrôlée est de donner à chaque niveau une chance réelle de résoudre avant de passer au suivant : discussion entre chefs de projet (7-14 jours), échange formel entre Contract Managers (14-28 jours), négociation commerciale (30-60 jours), puis seulement arbitrage si nécessaire.

Le piège du claimsmanship. Certains prestataires pratiquent le "claimsmanship" — l'art de maximiser les réclamations par des tactiques opportunistes : sous-cotation volontaire pour remporter le marché puis récupération de marge via les avenants, exploitation de toute ambiguïté contractuelle, accumulation de "réserves de droits" pour négocier en fin de projet. Le Contract Manager doit savoir détecter ces pratiques et y répondre avec fermeté mais sans agressivité.

Pour aller plus loin

Consultez nos autres articles pratiques sur le Contract Management :

📘 Découvrir les fondamentaux :

  • Comprendre le Contract Management
  • Le rôle du Contract Manager
  • Cycle de vie du contrat

📗 Approfondir les concepts :

  • Enjeux métier
  • Contractualisation réussie
  • Protéger sa marge

📕 Expertise métier :

  • Guide AO ERP
  • Guide EAM
  • Enjeux du secteur de l'énergie
  • Réseaux électrique français

📙 Ressources

  • Glossaire complet du Contract Management
  • Les 5 Golden Principles du FIDIC expliqués (Contrats FIDIC Volume 1)
  • FIDIC Silver Book — Piloter un projet biomasse EPC (Contrats FIDIC Volume 2)
  • FIDIC Red Book — Piloter un projet de construction de barrage (Contrats FIDIC Volume 3)


À propos de l'auteur

Alain Boyenval est le fondateur du cabinet Abrennis, spécialisé en Contract Management et pilotage de projets ERP pour le secteur de l'énergie.

Fort de 20 ans d'expérience auprès des grands opérateurs français — RTE, EDF, Enedis, GRDF — il a piloté des projets de transformation digitale représentant plusieurs dizaines de millions d'euros : déploiements SAP IS-U, mise en place de centres de services, structuration d'appels d'offres en marchés publics.

Son passage chez Arcwide (joint-venture BearingPoint/IFS) lui a permis d'accompagner les nouveaux acteurs de l'énergie : producteurs photovoltaïques, opérateurs de bornes de recharge, producteurs de biométhane.

Expertise clé : Contract Management, SAP IS-U, IFS Cloud, Maximo, TMA, appels d'offres ERP, FIDOC, secteur énergie.

📌 Découvrir le parcours complet · Contacter Alain Boyenval · LinkedIn

Mis à jour le 12 janvier décembre 2025

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